Comment ne pas être un prof idéal : à lire pour se faire du bien !

Lutin Bazar

Comment ne pas être un prof idéalAujourd’hui j’ai envie de vous parler de ma dernière lecture : Comment ne pas être un prof idéal, d’Emmanuelle Piquet, aux éditions Payot.

Il y a des livres qui font du bien, qu’on dévore en se disant à chaque page « ça pourrait m’arriver » ou « ça, je connais », qui nous font  relativiser, déculpabiliser de ne pas être au top H24, prendre du recul et qui nous (re)donnent l’envie d’essayer… Comment ne pas être un prof idéal est de ceux-là.
Il traite des situations relationnelles problématiques auxquelles nous sommes confrontés dans notre quotidien d’enseignants, avec les élèves ou leurs parents. Les propositions mises en oeuvre visent donc l’apaisement des souffrances en milieu scolaire.

Emmanuelle PiquetEmmanuelle Piquet est psychopraticienne et fondatrice des centres Chagrin Scolaire. Elle intervient dans de nombreux établissements scolaires et forme des professionnels aux principes et aux outils de l’école de Palo Alto pour apaiser toutes formes de souffrances.

Présentation de l’ouvrage :
Un prof idéal s’adapte à chacun et ne laisse aucun élève sur le bord du chemin. Mais il finit également le programme.
Un prof idéal est motivant et chaleureux, tout autant qu’exigeant et ferme.
Un prof idéal sait se faire apprécier et dans le même temps respecteR.
Un prof idéal est donc un excellent candidat au burn-out.
Dans ce livre déculpabilisant, qui dépeint avec beaucoup de justesse, d’empathie et d’humour les situations problématiques les plus courantes (classes démobilisées, élèves perturbateurs, harcelés ou en échec, parents démunis ou agressifs…), Emmanuelle Piquet propose des stratégies de résolution inédites. Pour aider les enseignants à se libérer de la pression, à sortir des souffrances relationnelles et à retrouver à la fois de l’oxygène et de la souplesse.

Ma découverte du livre

S’il m’arrive assez régulièrement de lire des ouvrages de pédagogie, je dois confesser qu’en période scolaire, je n’en ai pas toujours le courage. Parce que les journées sont chargées, parce que les soirées le sont tout autant, parce que quand j’ai du temps libre j’ai envie de penser à autre chose que l’école…
Bref, quand j’ai reçu cet ouvrage, je me suis demandé si j’arriverais à trouver le temps et l’énergie de le lire. Un soir, je me suis dit « Je tente ! », redoutant quelque peu de me lancer dans la lecture fastidieuse d’un ouvrage très théorique  sur les « situations relationnelles problématiques » donnant des pistes de résolution trop éloignées du terrain (comme souvent…). Et quelle bonne surprise lorsque je me suis rendu compte que ça se lisait très facilement, et mieux, que c’était justement hyper concret !

Ce livre décrit des situations de souffrance, vécues par des enseignants du primaire ou du secondaire. Les situations proposées sont très diverses : problèmes de comportement d’un élève ou d’une classe entière, harcèlement, exclusion, difficultés scolaires, précocité…
Ce qui fait l’originalité de l’ouvrage est le choix de l’auteur de nous présenter ces situations sous forme de dialogues entre elle et ses interlocuteurs. On lit le tout comme si on était présent à l’entretien. C’est passionnant, bien écrit, ça se lit tout seul… premier bon point. 

J’avais beaucoup d’attentes en ce qui concerne les solutions proposées. Je n’étais absolument pas familière avec les termes de « école de Palo Alto » et « thérapie brève et stratégique », et donc très curieuse de découvrir ce dont il s’agit.
Pour chaque cas exposé, l’auteure (seule ou au sein de groupes de réflexion) propose des « virages à 180°« . Il s’agit de solutions qui paraissent à la fois très étonnantes (car elles sortent des solutions qu’on a l’habitude de mettre en oeuvre dans nos classes) et très logiques (et bien souvent on y a pensé, sans forcément oser…).

J’ai beaucoup apprécié le découpage de l’ouvrage. Il permet de revenir facilement sur certaines situations, les relire, les comparer… l’objectif final étant de donner aux enseignants que nous sommes, des clés pour pouvoir trouver nous-mêmes nos virages à 180° afin de résoudre les problèmes de notre quotidien.

Contenu de l’ouvrage

La première partie (Ces injonctions qui paralysent) tourne autour de la pression qu’on se met au quotidien pour remplir notre « mission d’enseigner » en tentant de répondre à de multiples injonctions, jusqu’à l’épuisement parfois (pour ma part, j’ai déjà connu ça)… 
A la lecture de ses situations, on se sent rassuré(e), moins seul(e) et surtout, on entrevoit des pistes qu’on n’aurait peut-être jamais imaginées ou osé saisir.
Emmanuelle Piquet relate ses séances d’accompagnement de professeurs venus la consulter pour obtenir de l’aide, autour des injonctions suivantes (et qu’on a tendance à se répéter en boucle) :

  • Chaque élève est différent, à vous de vous y adapter
  • Je dois me faire respecter
  • Je dois me faire apprécier
  • Je ne dois laisser aucun élève sur le bord de la route
  • Je dois faire en sorte qu’il n’y ait pas de violence
  • Personne ne doit savoir que je n’y arrive pas

La deuxième partie (Histoires d’élèves) relate des histoires partagées par des enseignants (stagiaires ou chevronnés) durant des séances de supervision de pratique (auxquelles plusieurs membres de l’équipe éducative participent).
On y lit l’histoire d’une lycéenne paralysée à l’idée de passer à l’oral devant ses camarades (et pour cause…), d’un élève de CP avec qui personne ne veut jouer, ou encore deux histoires de décrochage scolaire.

La troisième partie (Chers parents) traite des interactions avec les parents d’élèves « parfois génératrices de bien des émotions, chez vous comme chez lui ». Nous avons tous, un jour ou l’autre, à faire à des parents inquiets qui ont besoin d’être rassurés, ou bien agressifs envers nous-mêmes ou l’institution. Cette partie est extrêmement intéressante car elle permet d’aller au-delà d’un questionnement sur la relation prof-élève, en considérant le parent comme un partenaire dans la réussite de l’enfant.

La quatrième partie (En pratique : les bonnes questions à se poser) résume les questions essentielles à se poser face à une situation de souffrance. Elle nous encourage à réfléchir en équipe, à plusieurs, aux problèmes rencontrés dans nos classes afin d’en avoir une vision plus large. 

comment ne pas être un prof idéal acheterJe finis sur les mots de l’auteure… dont j’espère découvrir d’autres ouvrages prochainement 🙂

J’ai écrit ce livre pour que vous puissiez appréhender ces situations submergeantes autrement qu’en cherchant la cause de cette détresse dans des défaillances qui vous seraient uniquement imputables. Parce que dans ces situations problématiques, la solution est interactionnelle, pas propre à ce que vous êtes. Et parce que souvent, même si vous avez l’impression d’avoir tout essayé pour modifier ces fameuses interactions qui font souffrir, vous l’avez toujours fait dans le même sens, en toute bonne foi, mais en renforçant ainsi, sans le vouloir, leur caractère problématique.  Prendre un virage à 180° demande toujours beaucoup de courage. Et des ressources supports à la fois bienveillantes et formées au sein de l’institution quand la tornade est trop forte.Emmanuelle Piquet

Lutin Bazar
Lutin Bazar

20 Commentaires

  1. J’ai également dévoré cet ouvrage très déculpabilisant (en particulier, le paradoxe « faire le programme » et en même temps « s’adapter à chaque élève »).
    Par contre, sur sa mise en œuvre concrète, je crois qu’il me faudra le relire avant de pouvoir l’appliquer réellement…

    • Le plus difficile est d’analyser la situation avec assez de recul pour trouver le virage à 180° qui permettrait de la résoudre. Le travail en équipe est alors une ressource à exploiter et je trouve qu’elle le met bien en avant dans cet ouvrage.
      Merci pour ton retour Hélène !

  2. Je ne me serais pas attendue à ce type de format, avec les dialogues. Du coup, ça me tente beaucoup ! Des cas concrets, des exemples, c’est intéressant. Merci pour ce retour 🙂

  3. Coucou, je connais Emmanuelle Piquet pour cette intervention qui m’avait bouleversée et avait changé mon approche du harcèlement. Autant pour mes élèves cioncernés que pour mes propres enfants, trop « gentils » pour la vie de collègien.
    https://www.tedxparis.com/?s=emmanuelle+piquet
    Je vais m’empresser de lire ce livre. Merci du conseil.

    • J’ai aussi vu ses vidéos, elle a d’ailleurs écrit des ouvrages sur le harcèlement que je n’ai pas lu mais qui ont eu un grand succès. J’espère les découvrir vite.
      Celui-ci a l’avantage d’être vraiment adressé aux enseignants, eux-mêmes parfois témoins de situations de harcèlement.

  4. Cela a été mon premier livre de vacances ! J’ai aussi été absorbée par ce récit et fascinée par les virages à 180°! La mise en place sera effectivement plus difficile mais cela permet de relativiser et de prendre du recul sur notre pratique, car, au quotidien, nous avons la tête dans le guidon et on ne se rend pas toujours compte de notre ambition démesurée, de nos envies de perfection qui conduisent tout droit au burn-out! Un seul regret : ne pas avoir Emmanuel Piquet au quotidien dans notre vie et dans nos écoles !

  5. Merci pour ce partage… Moi qui n’aime pas trop trop lire… Tu me donnes envie!
    Je pense que je vais me l’acheter rapidement! 🙂

  6. Merci pour ce conseil de lecture !
    C’est décidé, cela sera ma première lecture des vacances.

  7. Après lecture de ton article, je viens d’acheter et de dévorer ce bouquin. Je ne regrette rien. Quelle merveille ! On devrait le mettre dans les mains de tous les enseignants. Je vais d’ailleurs m’y atteler en harcelant ceux de mon entourage pour qu’ils le lisent merci !

  8. E. PIQUET a écrit 2 livres sur le harcèlement: un à l’attention des parents et l’autre à l’attention des enfants/ados… J’ai trouvé les deux TRES pertinents avec un humour qui semble être sa touche personnelle pour dédramatiser des situations si douloureuses ! Je m’en vais donc commander ce 3e ouvrage et un grand MERCI Lutin pour la découverte ! 🙂
    N’hésite pas à lire « Te laisse pas faire », très concret pour une maman et/ou une enseignante
    https://www.amazon.fr/Te-laisse-pas-faire-harc%C3%A8lement/dp/2228911526

  9. Je viens de finir la lecture de cet excellent ouvrage. Il a un côté frustrant car chaque lecteur souhaiterait pouvoir demander des conseils à l’auteure. Mais je pense qu’il donne à réfléchir sur ses pratiques professionnelles et sa manière d’interagir avec les autres en général. Les virages à 180° peuvent être une solution dans les cas graves décrits dans le livre, mais pour des problèmes plus bénins, ne peut-on pas opérer des mini-virages à 180° ?

  10. Je confirme les autres commentaires, les travaux d’Emmanuelle Piquet sur le harcèlement sont très intéressant, offrant des solutions inhabituelles et très concrètes. Bon, j’ai fini mon tour de blog pour aujourd’hui 😀 Sympa de se plonger dans les archives. A la prochaine 🙂 #RaidsDeProfs

  11. Chouette découverte ce petit livre! J’essaierai de m’en trouver un …
    Merci petit Lutin pour tes conseils toujours aussi précieux!

  12. J’ai dévoré ce livre pendant les vacances, mais je ne le conserverai pas : je me dois de l’offrir à ma modulatrice, jeune PES pleine d’ambitions, déjà super instite, j’ai aucune envie qu’elle se fasse bouffer.
    Sinon, dans la foulée, j’ai lu également les autres ouvrages de cette excellente femme, tous sont très bien, et m’ont permis de mieux outiller ma fille, en sixième cette année.

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