Enseigner la conjugaison : ma réflexion…

Lutin Bazar

Depuis plusieurs années, je revois ma manière d’enseigner la conjugaison. De nombreuses remises en question, des essais plus ou moins concluants… Mais aujourd’hui, j’ai l’impression d’être enfin parvenue à quelque chose qui me correspond, dans lequel je crois. Et, plus important, auquel mes élèves adhèrent.

 

Des constats simples 

J’ai fait évoluer mon enseignement de la conjugaison en me basant sur des constats faits en classe :

  • Malgré un gros travail d’entrainement, les fautes d’accord du verbe restent très trop fréquentes (c’est peu dire).
  • La conjugaison est souvent perçue comme un apprentissage douloureux par nos élèves*… Douloureux parce qu’ils n’y mettent pas forcément du sens. Ils apprennent des tableaux de conjugaison (souvent difficilement), les récitent, y mettent beaucoup d’énergie… Mais au moment de les utiliser en situation d’écriture : rien, ou alors pas au bon moment, ni à la bonne place. De quoi se décourager.

s'arracher les cheveux* Je dis « nos élèves » parce que je suppose que je ne suis pas la seule à m’être arraché les cheveux devant les productions de mes élèves…

A mes débuts (pas si lointains), je m’appliquais à faire des séquences très « construites » abordant les temps les uns après les autres, mais aussi les groupes de verbes les uns après les autres. Je désespérais de voir que le présent ne rentrait pas dans la tête de mes élèves, je redoutais donc de passer aux autres temps…
J’espérais que les choses rentreraient petit à petit en multipliant les séances d’entrainement, les exercices… J’y passais du temps, beaucoup trop de temps, sans voir de résultat. Bref, ça ne marchait pas, tout simplement.

 

Ma réflexion

Petit à petit, je me suis détachée de cela. J’ai cessé de parler des groupes de verbes, axant davantage sur les ressemblances de terminaisons.
Finalement, quel intérêt de distinguer « finir » et « lire » en les mettant dans des groupes différents ? Ils prennent tous les deux les mêmes terminaisons : -s, -s, -t, -ons, -ez, -ent
Evidemment, le risque c’était de se retrouver avec « nous finons »…

parlerCe qui m’a amenée à la conclusion toute logique qui est :
la conjugaison c’est avant tout de l’oral.
Dire avant d’écrire, voilà la clé. Il ne faut pas appliquer mécaniquement mais oraliser un maximum afin de se fier à ce qu’on entend. On le sait, c’est évident… sauf que le temps passé à faire des exercices et encore des exercices, ce n’est pas du temps consacré à ça.
Alors la résolution que j’ai prise fut : plus d’oral et moins d’exercices !

Il est clair que si on demande à un élève de faire une fiche d’exercices sur les verbes du 1er groupe, il lui suffit de recracher mécaniquement sa « leçon », sans réfléchir. On s’étonnera donc de voir ce même élève réussir brillamment ses exercices, et être ensuite incapable de réinvestir ses « connaissances » en production d’écrit. Et pourtant, c’est normal. Dans un texte se mêlent tous les groupes de verbes, des verbes qui sont conjugués à différentes personnes. Des tonnes d’informations à traiter, d’une manière qui doit être tout sauf mécanique ! Inutile de coller des tartines d’exercices dans les cahiers puisqu’ils ne garantissent en rien une bonne maitrise des variations du verbe. 

Au final, la conjugaison c’est un mélange de savoirs et de savoir-faire…
Je me suis interrogée sur ce point : est-ce que se remplir la tête de tableaux de conjugaisons appris par coeur permet d’être capable de les utiliser en situation d’écriture ? Ma réponse est : non.
Je me suis donc demandé : quelles sont les connaissances vraiment nécessaires que l’élève doit acquérir pour être capable de conjuguer des verbes ?

apprendrePour moi, cela se résume en quelques points :

  • Savoir distinguer les temps : passé / présent / futur
  • Connaitre les pronoms personnels
  • Savoir distinguer les verbes en -ER des autres verbes, car ce sont les seuls à porter les terminaisons -e, -es, -e au présent.
  • Connaitre les terminaisons possibles selon le temps et la personne.

L’essentiel du travail se fait donc à partir des lectures faites en classe, et des énoncés oraux produits par les élèves.
Lorsque les élèves sont capables de distinguer les temps, on peut se pencher davantage sur l’observation des verbes. C’est bien plus difficile à mettre en forme dans une fiche de prep’ c’est sûr, mais aussi bien plus efficace. Et puis, ça va totalement dans le sens des nouveaux programmes, il faut le souligner !

 

Concrètement, en classe…

Je ne fais pas de « séances de conjugaison » à proprement parler. Je ne suis pas de manuel avec un déroulement précis de séances.
Toute occasion est bonne à faire un peu de conjugaison : un texte lu, une phrase dictée, une production d’écrit, un rituel du matin…
C’est un « enseignement continu », fait de manière plus informelle mais beaucoup plus fréquente que lorsqu’on programme une séance de conjugaison hebdomadaire (ca, je l’ai fait un temps, et pour les raisons exposées ci-dessus, j’ai rapidement arrêté).

verbe à la loupeConcrètement : chaque jour on se questionne, on regarde, on note, on fait des comparaisons, on repère les similitudes… et petit à petit on construit ses connaissances.
On comprend le principal : selon le temps et la personne, le verbe change de terminaison.
Dans ma classe de CE1/CE2, je parle du verbe « en pyjama » (à l’infinitif) qui revêt « le bon costume » (terminaison) pour aller travailler dans la phrase. Je vous en avais déjà parlé ici.

On voit qu’avec « nous » le verbe se finit toujours par -ons… que lorsqu’une personne fait l’action (il/elle), le verbe prend parfois un -e et parfois un -t, mais jamais un -s… etc.
Ou encore, on constate que le -s à la 2ème personne du singulier, ou le -ons de la 2ème personne du pluriel, sont récurrents pour tous les verbes, à tous les temps.
Tout cela est noté, sur une affiche ou un coin du tableau, pour servir de mémoire. On peut y revenir chaque jour et compléter avec les nouvelles observations faites. On construit petit à petit ce que j’appelle « garde-robe » du verbe, c’est-à-dire le recueil de tous les costumes (terminaisons) possibles.

Au final, je ne donne les « leçons » qu’après plusieurs semaines de repérage, comme une conclusion, une synthèse.
Pour exemple, je viens de donner à mes CE1 la leçon sur le présent des verbes en -ER (nous sommes en mars, oui oui je le sais !). Pourtant, cela fait longtemps que nous avons terminé le recueil des terminaisons du présent, et pas que pour les verbes en -ER, mais bien de tous les verbes rencontrés. Et cela fait longtemps qu’ils ont compris que si « Léna fait l’action de jouer », le verbe ne portera pas le même costume que quand « elle fait l’action de dormir ». Et ça, c’est parce qu’ils savent qu’avec « elle » le verbe porte son costume -e quand c’est un verbe en -ER, mais qu’il préfère son costume -t pour les autres verbes. Et pourtant, ils n’ont jamais appris par coeur la conjugaison d’aucun verbe.
La leçon vient à la fin, et oui je demande à mes élèves d’apprendre les terminaisons par coeur, au cas où… mais ils sont censés déjà les connaitre.

costumeAlors conjuguer un verbe en situation d’écriture, c’est quoi ? Finalement ce n’est pas si compliqué : c’est habiller le verbe avec le bon costume.
Tout comme nous ne portons pas les mêmes vêtements les jours de pluie et les jours ensoleillés, l’hiver ou l’été, le verbe change de tenue. Selon le temps et le sujet, le verbe porte le costume qui convient. Il suffit de choisir ce costume dans sa garde-robe.

garde-robe du verbeVous pouvez consulter ici la garde-robe du verbe, que j’ai réalisée sous forme d’affichage évolutif.

 

Conclusion

Alors, non, je ne prétends à rien de miraculeux !
Oui, mes élèves font plein de fautes. Non, ce ne sont pas des as de la conjugaison qui orthographient spontanément et sans erreur les verbes conjugués.
Mais… oui, ils mettent du sens. Oui, ils sont capables de se corriger seuls dans la majorité des cas car ils se placent dans une posture réflexive. Et en CE, c’est exactement ce que j’attends d’eux.

Voilààà ! Si vous avez eu le courage de me lire jusque là… j’en suis ravie 🙂 En espérant que ma réflexion sur le sujet suscitera vos réactions. N’hésitez pas à commenter pour partager à votre tour votre manière d’enseigner la conjugaison !

Lutin Bazar
Lutin Bazar

51 Commentaires

  1. Aude Griveau Reply to Aude

    Bonjour Lutin!
    Merci pour cet article très intéressant. Je suis tout à fait d’accord avec toi et ton constat. Et les similitudes, les parallèles, je les fais de plus en plus naturellement. Enfin je dis « je » mais ce sont plutôt les élèves. On a fait le futur avec mes CE2 ces dernières semaines, et ils étaient super fiers de remarquer plein de choses, de deviner, et d’être capables de conjuguer les verbes très vite sans aide. Maitresse, c’est trop facile à apprendre le futur! C’est un bonheur de les voir comme ça, et j’adore faire de la conjugaison avec eux. Je fais des séances de conjugaison pure, en partant de RSEEG, mais en adaptant, et mes élèves s’éclatent et moi aussi. Et du coup dans la phrase du jour, dans un texte de lecture, dans une phrase à écrire, dans un problème de maths, on remarque des choses et on se dit : mais oui, ça, on connait, c’est facile! Les dictées quotidiennes vont être sur le futur pour quelques semaines à partir de demain, et je sais qu’ils vont me dire tous seuls ce qu’ils font, car ils commencent vraiment à prendre l’habitude de se demander quel est le sujet, de réfléchir au verbe, de faire des parallèles avec d’autres verbes pour savoir comment écrire. Et c’est aussi ce que j’aime dans les nouveaux programmes, ces groupes qui ne servent à rien ont disparu (des verbes qui terminent tous en -ir mais qui ne se conjuguent pas pareil, quelle galère! C’est tellement plus simple de voir autrement), et on observe des récurrences (je ne sais pas si ça se dit!), on parle, encore et encore, on remarque et on observe encore… Voilà mon modeste point de vue, et merci pour ton article vraiment intéressant 🙂

  2. Tout à fait d’accord avec toi même si je fais encore quelques séances types. Trop de pression je pense ! Mais il est vrai que tous les jours (jusqu’à noel, je dictais une phrase et on analysait l’orthographe et la grammaire. J’ai fait une pause pour cette activité parce que je suis en plein dans l’apprentissage des mots invariables. Mais c’est une activité que je vais bientôt reprendre

  3. bravo pour cette réflexion ! Je te rejoins vraiment et je donne demain la première leçon de conjugaison (verbe en -er) au présent ! mais ils ont déjà tout repéré dans les différents textes lus, étudiés, écrits… C’est dans la Méthode Picot que l’on s’y reconnait le mieux !
    en tout cas ça me rassure de voir que d’autres, comme moi, ont abandonné ces bachotages sans sens pour l’élève
    merci !

  4. Bravo, j’adhère ! Merci beaucoup!!

  5. Bonjour Lutin!
    Merci pour ces réflexions… Je suis contente, à la lecure de ton article je me rends conte que j’ai déjà fait moi aussi fait certaines de tes constatations… très admirative de ton travail je suis donc plutôt modestement fière.. 🙂
    Mais aussi du coup très inquiète. J’aimerai réellement essayer de procéder comme tu le décris… mais si je ne disais pas les bonnes choses au bon moment ? Si mes rituels et autres moment de classe ne permettait pas d’apporter les situation adéquate? Ou si encore j’embroullais les élèves à vouloir faire des rapprochementsorties au mauvais moment… petite T1 je dois avouer qu le manuel de conjugaison me rassure, mais au fond, je sais que ce n’est pas l’idéal. Je me sens bloquée face à vous toutcela.
    Mais encore une fois te lire m’aide dansur mes réflexions! Alors merci.
    Jennifer

  6. Tout à fait d’accord avec ton article, et oui, c’est le fonctionnement Picot. 🙂 Une toute petite remarque : « savoir distinguer les temps : passé /présent/futur » me gêne car le passé n’est pas un temps… il y a des temps du passé comme le passé composé ou le passé simple mais le passé en tant que tel n’est pas un temps… Et en CM, il est difficile de faire déconstruire cette notion aux élèves! 😛 Le tout étant lié également aux modes, qui me paraissent très intéressants à aborder avec les élèves pour mettre du sens (mais là j’avoue, plutôt cycle 3). 🙂

    • Quand je parle de ça c’est lorsque nous travaillons sur des phrases puis des textes en début d’année. On n’a alors pas encore parlé du verbe. Mais en lisant on se situe dans le temps présent, passé ou futur. C’est le temps de la phrase, pas le temps verbal.

      Rapidement, lorsque nous identifions le verbe, nous observons qu’il y a une différence de forme selon les phrases. Et c’est là que j’introduis la distinction entre passé composé, passé simple et imparfait. À ce stade de l’année c’est déjà bien en place chez la plupart de mes CE1. J’ai l’habitude de leur dire « Phrase au passé, il faut se méfier ! » car le verbe peut porter des costumes différents, et parfois être composé de deux mots.
      D’ailleurs tu noteras que sur mon affichage j’ai bien mis « imparfait » et non « passé » 🙂

  7. C’est exactement ce que je pense, ce que je fais plus ou moins instinctivement et que tu as si bien écrit ! 🙂
    Personnellement cela fait 5 ans que j’utilise la méthode Picot (CE2, CM1 ou CM2 suivant les années), et je trouve que ça oblige les élèves à avoir une attitude réflexive par rapport aux verbes.

  8. Je retrouve également Picot. Dans sa méthode, les collectes permettent d’installer les notions petit à petit, les transpositions orales/écrites aident à comprendre le sens des différents temps. Je ne parle plus de conjugaison mais de grammaire.
    Par contre, ce qui est intéressant dans ce que tu présentes, c’est la vision horizontale qui met l’accent sur les régularités. Merci!

  9. C’est amusant ce rapprochement fait avec Picot car je ne me suis jamais plongée dedans 🙂
    J’utilise « J’entends je vois j’écris » de Claude Picot en orthographe. Mais je n’ai jamais lu « Faire de la grammaire ». Je n’en entends que du bien ! Alors si certains font le rapprochement entre mon travail et cette méthode, je suppose que je dois me sentir flattée ^^

    De mon côté, mon enseignement n’est basé que sur des constats et une succession de tentatives pour mieux répondre aux situations que je vis en classe. Rien de parfait, mais par contre très basé sur mon vécu. D’année en année je pousse ma réflexion, en espérant aller dans le bon sens. Les résultats obtenus sont encourageants alors j’avance à mon rythme et crée petit à petit les outils qui servent ma manière d’aborder les choses.

    Pour répondre à la question concernant « Réussir en grammaire », j’ai toujours bien expliqué que je ne suivais pas les séquences à la lettre. Je suis incapable de suivre une méthode. Je l’utilise beaucoup en grammaire, même si j’adapte énormément. J’aime beaucoup les petits textes proposés par exemple, la manière d’aborder le découpage de la phrase en groupe, les personnages, etc. C’est ma « base » et j’adapte autour.

    Merci à vous pour les retours faits car c’est en échangeant qu’on avance !!

  10. Très intéressant, ça rejoint aussi ce que je pense. Je continue cependant à leur faire apprendre par coeur quelques tableaux de conjugaison mais le plus important c’est de leur faire « écouter » ce qu’ils écrivent. Si ça sonne bizarre, c’est souvent parce que c’est faux.

  11. Merci pour le partage de cette réflexion, on est tous face au même constat je pense. Lire ce genre de billet, ça rassure et ça inspire aussi. Merci.

  12. christellemathieu Reply to christellemathieu

    C’est exactement le constat de Dame Picot. Première année que j’utilise sa méthode et j’adhère totalement…

  13. Super article ! En tant que PES, tout cela me semble encore loin mais il faut bien essayer à un moment, n’est-ce pas ?

    Ma tutrice utilise d’ailleurs les fameuses régularités -e -es -e et -s -s -t, du coup je me permets de te faire remarquer qu’il n’y a pas que les verbes en -er à l’infinitif qui finissent en -e mais aussi certains autres verbes tels qu’offrir ou ouvrir. Je ne sais pas si tu les avais pris en compte aussi mais je trouve cette information d’autant plus intéressante quant à la « disparition » des groupes de verbes !

    Bonne continuation 🙂

  14. « N’hésitez pas à commenter pour partager à votre tour votre manière d’enseigner la conjugaison ! »

    Du coup, je n’hésite pas!
    http://lewebpedagogique.com/conjugaisonhorizontalece1/

    A bientôt!

  15. Bonjour,

    entièrement d’accord avec vous !
    Trop souvent la conjugaison est perçue comme une matière rébarbative et fastidieuse, qui sert surtout à alimenter les punitions. Or, la conjugaison c’est la baguette magique qui donne du sens à ce que je dis/j’écris. Si, par exemple, j’affirme que « hier, j’ai vu que les pompiers éteignaient l’incendie » cela n’a pas le même sens que si j’affirme que « hier, j’ai vu que les pompiers ont éteint l’incendie » : dans la première phrase, je sous-entends que je ne sais pas s’ils sont venus à bout du feu, contrairement à la deuxième phrase.
    On ne donne pas assez de place à ce travail de perception des variations de sens selon les modes ou les temps choisis. Une piste assez simple est de proposer aux es d’activer la conjugaison dans de courts textes (des textes vrais, pas des exercices de manuels) où l’on a mis tous les verbes « en pyjama », puis d’échanger avec les es sur les choix pertinents en fonction du contexte. Et de faire ceci régulièrement, un peu tous les jours. Vous trouverez un exemple d’activité de ce type ici : http://www.partagerdespratiques.be/helha/page2/page41/
    Merci pour votre partage,

  16. J’adhère à % à votre philosophie

  17. Merci de cette réflexion sur la conjugaison,qui en déculpabilisera plus d’un (… et risque d’en encourager beaucoup ! ;-). Je partage depuis quelques années cette vision de la conjugaison. Mais, je n’allais pas aussi loin dans la simplification me contentant simplement du -s avec tu, du -ons avec nous, du -ez avec vous et du -nt avec ils,…

    J’en profite pour te remercier de cet immense travail dans lequel nous pouvons, tous, piocher pour y trouver des idées, des façons de penser et surtout des tas de choses toutes prêtes et très bien présentées !

    Je viens de lire sur le blog de Charivari que certains pensent que tu n’es pas une vraie maitresse… Comment peuvent-ils croire, en lisant des articles aussi complets, qu’ils soient écrits par quelqu’un qui n’a pas de vrais élèves à faire progresser, tous les jours, dans sa classe?
    Comment osent-ils te penser autre chose que maitresse et utiliser sans compter, j’imagine, tes supports qui ne peuvent être conçus que pour autre chose que de faire progresser tous les élèves de ta classe ?

    Je crois que je ne connais plus d’enseignants (quelque soit le niveau dans lequel il enseigne) qui ne connait pas ton site, je ne connais pas une classe dans laquelle j’entre dans laquelle il n’y a pas au moins une affiche de toi…

    Alors, en mon nom propre (mais j’imagine pour beaucoup d’autres) à nouveau MERCI, MERCI, MERCI de partager, avec nous, TOUT CA !!!

  18. Très bonne réflexion, très intéressant..

  19. Cet article est très intéressant. Je trouve ta méthode de travail vraiment très bien, mais je n’arrive pas encore à travailler à 100% de cette manière là. Je me demande comment ne rien n’oublier au cours de l’année? Tu dois travailler avec de nombreux rituels et te servir de ceux ci pour faire émerger les notions, mais si cela ne vient pas, comment fais tu? j’ai encore besoin d’un livre pour me guider.
    Mais j’aimerais vraiment pouvoir m’en détacher et cette article me donne vraiment envie de me lancer.
    Merci.

    • En effet, beaucoup de rituels. La méthode Picot en orthographe m’a aidée… travail de vocabulaire et d’orthographe lié… qui débouche sur l’écriture de phrases et donc la grammaire. Au final c’est en effet ritualisé, car quotidien. Mais jamais pareil et toujours riche. Et je ne pense pas oublier des choses en route. Du moins je l’espère 🙂
      Je fais la même chose avec la numération et la monnaie. Grâce au rituel des 100 jours, ça se fait petit à petit sans séance particulière. C’est une découverte par petites touches.
      Ca porte ses fruits, même chez les élèves qui ont des difficultés. Ce n’est pas miraculeux ! Mais ils se voient davantage progresser que sur des exercices. Beaucoup de manip, de travail sur l’ardoise, d’oral… l’erreur est moins mal vécue, on essaye et on s’enrichit des remarques et explications de ses pairs également. Je n’aurais sans doute jamais osé me lancer ainsi lorsque j’ai débuté. Déjà parce qu’on ne m’a jamais expliqué les choses comme ça… Mais aussi parce que j’ai des CE1 depuis des années, ça aide à faire évoluer ses pratiques car on sait où on va, on « sent » le truc, on sait ce qui va poser problème avant même que ça arrive. Dans ces conditions, on peut tenter des choses, prendre du recul. Ce qui est très difficile les premières années, surtout quand on change de niveau souvent, j’en conviens !
      Il existe de très bons ouvrages sur lesquels s’appuyer – comme RSEEG (Retz) ou Interlignes (Sed) par exemple – mais ça n’empêche pas de s’en détacher petit à petit pour arriver à quelque chose de plus personnel qui est vraiment adapté à ses élèves et sa manière de concevoir l’enseignement. Et encore, je n’ai pas fini de tester, essayer et m’améliorer !!

  20. Seys Michelle Reply to Seys

    Bonjour, Je suis très admirative de vos recherches et de votre compréhension des problèmes que pose l’orthographe des verbes conjugués aux enfants. Moi je suis en retraite et j’enseignais en collège mais votre article m’a intéressée et j’ai eu envie d’apporter de l’eau au moulin ! La question de l’application des règles à l’écrit personnel est celle de tout transfert d’une connaissance à une ou plusieurs situations, le transfert n’est jamais automatique ni donc à laisser à l’élève mais doit être travaillé spécifiquement, c’est valable pour tout, pour un théorème de math par ex, – c’est moins décourageant de le voir comme ça. Ensuite, ce qui va poser pb aux élèves de la 6e à la 4e, c’est que en effet, ils ne donnent pas de sens, ils apprennent leurs conj en écrivant le radical une seule fois et en écrivant à côté les différentes terminaisons. Cette methode crée bcp de pb. Ils disent ainsi que « il connaît » , c’est à l’imparfait par ex. D’autre part l’origine majeure des difficultés en orthographe est la règle : »Quand deux verbes se suivent, le 2e est à l’infinitif. » C’est une véritable catastrophe ! Ce ne sont pas des vb qui se suivent mais un vb qui dépend d’un autre vb. Ils écrivent :  » Les enfants jouaient,*sauter,*criés » parce qu’ils croient qu’on ne peut mettre qu’une fois une terminaison dans un énoncé. Enfin, c’est la méconnaissance des concepts d’accord qui sème la confusion : d’une part les élèves en difficulté en orthographe s’imaginent qu’il existe une dizaine de règles qui leur échappent alors qu’il n’y en a que 2 – l’accord du vb conjugué avec son sujet et l’accord des participes passés, d’autre part ils ont tendance à dire que tout « s’accorde avec le sujet ». « Les alpinistes escaladent un pic *enneigés. » En fait, c’est la combinaison des règles et de la conjugaison qui est très complexe à maitriser. Si on réglait ces pb là (notamment les 2vb qui se suivent),tout le monde aurait la moyenne en ortho en fin de 3e. En espérant vous avoir été utile, je vous souhaite d’excellents moments de classe, que je regrette tant !

    • Bonsoir Michelle, et merci pour votre intervention. C’est très intéressant d’avoir des retours de professeurs du secondaire !
      Je vous avoue que le coup des 2 verbes « qui se suivent », je ne l’avais jamais entendu… sans doute parce qu’il ne m’était jamais venu à l’esprit de l’expliquer ainsi.
      Pour ma part mes élèves sont jeunes et au tout début de l’apprentissage de ces règles de grammaire. Alors au-delà de celle-ci, mon objectif est de les rendre curieux vis-à-vis de notre langue, d’en comprendre petit à petit le fonctionnement. En y allant par étape, les choses se mettent doucement en place. Bien sûr avec plus ou moins d’efficacité ou de rapidité selon les enfants. Mais adopter une démarche réflexive face aux mots me parait être une base qui leur permettra, petit à petit, de construire leurs connaissances de plus en plus solidement.
      J’adopte le même type de démarche en vocabulaire. Au final je ne fais plus de cours d’orthographe, de conjugaison, de grammaire et de vocabulaire… mais des cours de « français » où toutes les notions prennent du sens car elles sont mises en relation permanente pour servir un même objectif : s’exprimer et comprendre à l’oral comme à l’écrit.
      Vaste chantier, qui n’est jamais terminé du côté de l’enseignant non plus… mais qui rend l’acte d’enseigner bien plus passionnant !

  21. Et bien tu sais quoi : je suis à 100 % d’accord et c’est ce que j’expérimente depuis des années et les résultats sont positifs. J’ai d’ailleurs un recul supplémentaire puisque mes filles ont 16 et 18 ans et apprennent depuis 10 ans sans école et de cette façon. 🙂
    Dans l’asso que j’ai co-crée nous prévoyons un groupe d’échanges pour des moyens d’apprendre différents, tu y serais la bienvenue ! Je vais de toute façon relayer ton article.
    Bonne journée.

  22. Merci pour cet article très intéressant ! Je suis entièrement d’accord avec ta façon de voir, percevoir les choses, donc merci de l’avoir écrit !

  23. J’adhère complètement! ça me conforte dans ce que je fais déjà! Merci pour cette article!

  24. Je me lance (enfin) dans un commentaire. Merci Lutin pour tout votre travail si bien pensé. j’adhère beaucoup notamment en découverte du monde. Et un grand merci de nous faire découvrir vos coups de coeur littéraires.
    Quant à la conjugaison, nous utilisons depuis quelques années du CE1 au CM1 le fichier/manuel CLEO de Retz. Il entre en effet par l’oral (nos élèves savent parler ! ) et entre par personne de conjugaison. les groupes de verbes arrivent fin CE2. Avant, nous disons les verbes en -ER, les verbes en DRE et le sautres verbes. Nous toruvons que nos élèves ont une attitude beaucoup plus réflexive et qu’ils transfèrent mieux en production d’écrits. Il permet aussi pour des enseignants débutants, débutants dans ce niveau ou en niveaux multiple d’avoir un support (très bien fait! de part la répartition spiralaire d’une notion sur plusieurs semaines et de part son approche).

    • Bonsoir
      Je ne connais pas CLEO mais j’en entends beaucoup de bien en effet.
      Pour ma part, je ne vois pas l’intérêt de parler des groupes de verbes, même en fin de CE2, ce n’est d’ailleurs plus au programme. Mais mis à part ça la démarche a l’air top.

  25. Bonjour, je suis tout à fait d’accord aussi! Après avoir galéré quelques années avec la conjugaison. J’ai constitué des collections il y a quelques années avec des CE1 très en difficultés . Après avoir comparé nos collections on travaillait alors les différents temps du programme.
    Maintenant, avec l’ancienneté j’ai moins peur des « quand dira-t-on  » des parents ou des collègues.
    Du coup on continue les collections et on joue à l’oral avec les verbes et après un temps d’observation on avance beaucoup plus vite après! Parce que la conjugaison, devient plus aisée. Et ce n’est plus un pays inconnu! Alors les jeunes n’hésitez pas et suivez son exemple!

  26. je suis maman d’un petit ce1 qui peine à apprendre ses verbes. Votre méthode me donne de l’espoir, je cherche ce qui sera adapté à sa manière d’apprendre. Bravo pour ce travail et merci du partage! A très vite.

  27. Même constat et même questionnement. J’ai abandonné également depuis quelques années les leçons de conjugaison. Tout est prétexte à observer, analyser dans la classe et finalement tout passe par l’oral. Je m’appuie sur RSSEG que j’adapte et j’utilise également un support qui s’appelle la ronde des fins de verbes. Pour chaque pronom personnel, sont données les fins de verbe possibles, valables à tous les temps et pour tous les verbes. On s’y réfère continuellement en classe.

    • Bonjour!
      Peux-tu partager ou nous donner un lien pour découvrir ton support « La ronde des fins de verbes ».
      D’avance un grand merci!

    • Le Guennec Reply to Le

      Bonjour,
      Moi aussi je suis curieuse de savoir comment tu as réalisé cette ronde. Ça me parait une excellente idée,mais je ne sais pas comment la réaliser…

    • Verhaeghe Claire Reply to Verhaeghe

      Bonjour,
      Merci pour ce post qui a généré autant de commentaires intéressants! Jeune prof je n’ose pas trop sortir des séquences cadrées qui rassurent mais je me retrouve beaucoup plus dans votre méthode. Ça me motive à tenter l’expérience en tout cas. Vos outils devraient servir l’année prochaine^^ En ce qui concerne la roue des verbes indiquée par bussiere je serai aussi très intéressée. Merci d’avance 🙂

  28. Bonjour !!
    Je suis heureuse de voir cet article. Depuis les années « ORL » j’ai abordé la conjugaison exactement de cette manière !
    (je parlais de « verbe tout nu » pour l’infinitif … le pyjama est mieux !!! Je pique 😉 )
    Les enfants ont dans leur classeur non pas une leçon par groupe mais au bout d’un lonnnng temps d’observation, un tableau récapitulatif des différentes terminaisons possibles pour chaque pronom.
    Et tous les jours, notre phrase est : « avant de l’écrire, il faut le dire » !!!! C’est la BASE !!!!
    Alors merci de m’avoir confortée dans cette direction….

  29. Bonjour Lutin Bazar!
    Ma demande de partage s’adressait à BUSSIERE qui utilise un support qui s’appelle la ronde des fins de verbes.

  30. Un grand merci pour cet article clair .Me voilà rassurée et convaincue,j’adopte donc ta « méthode » de travail.

  31. Bonjour et merci pour ce super travail et ce formidable article 🙂

  32. Patricia LE PIRONNEC Reply to Patricia

    BONJOUR ! Merci beaucoup pour votre réflexion juste, car en effet il n’est vraiment pas facile de mettre du sens dans la conjugaison.
    Et chapeau pour vos costumes ! que je vais utiliser.
    Merci encore pour ce partage,
    institutriciellenement vôtre !

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