Des livres inducteurs pour la production d’écrits

Lutin Bazar

La production d’écrits, c’est à la fois un long apprentissage et une finalité. Les apprentissages menés en grammaire ne trouvent du sens que s’ils sont utilisés en situation d’écriture. Apprendre à accorder un verbe avec son sujet, c’est bien… mais quand on comprend à quoi ça sert dans la vie, c’est mieux ! ^^

livres inducteurs production d'écrit

On peut s’orienter vers des activités régulières et ritualisées menées quotidiennement ou chaque semaine. C’est ce que je fais avec des courtes productions du type 3 mots en 1 histoire (je me sers notamment des mots appris en dictée) ou à partir d’images séquentielles.
On peut aussi se lancer dans des projets d’écriture longs comme l’écriture d’un conte, la composition d’un livre de recettes, la mise en place d’une correspondance… en lien avec les thèmes ou projets menés dans d’autres disciplines.

Oui, mais… A côté de ça, j’aimerais faire plus de petites productions et qui ne constituent pas un rituel.
Je vois ça davantage comme des « écrits flash » sur une ou deux séances, ne nécessitant pas de long travail de préparation en amont (juste un travail de compréhension de textes, et l’élaboration éventuelle de trames d’écriture). Ces séances ne seraient pas forcément hebdomadaires, et surtout pas quotidiennes. Je pratique déjà l’écriture au quotidien à travers le type d’activités énoncés ci-dessus. L’idée c’est de me composer une petite « banque de situations d’écriture » que je pourrai mettre en oeuvre au fil de l’année sans me soucier de les insérer dans une progression spécifique.

Parmi tous les inducteurs possibles et imaginables, il y a bien sûr les livres de littérature jeunesse. Aujourd’hui je me suis donc plongée dans ma bibliothèque !
Bien sûr, n’importe quel livre peut être un support de production d’écrit ! Mais mon idée c’était bien de sélectionner des ouvrages qui serviront directement de « déclencheur ». On oublie donc les consignes du type « écrire la suite » ou « imaginer un passage » qui induisent des écrits plutôt longs.
Je me suis focalisée sur les textes dont la structure permet d’écrire « à la manière de ». 

Voici donc une liste non exhaustive d’ouvrages pouvant jouer ce rôle. En farfouillant, vous en trouverez certainement un ou deux dans votre bibliothèque ou à l’école ! 🙂

Edit 09/08/17Suite à l’écriture de cet article, j’ai pu découvrir l’ouvrage Réussir en production d’écrits (Retz). Il répond parfaitement aux attentes que j’ai énoncées ci-dessus : des situations d’entrée pour produire des écrits courts et réguliers, avec tout le matériel clé en main. Vous pouvez le découvrir ici. On y retrouve d’ailleurs plusieurs des titres de littérature que je cite ci-dessous.


Les petits riens et petits délicesLes petits riens et petits délices, Elisabeth Brami

Elisabeth Brami, c’est l’auteure de Moi j’adore, la maitresse déteste dont je vous parle ici.
Petits riens et petits délices est une version 2 en 1 des albums à l’origine indépendants : Les petits rien et Les petits délices. Comme je n’ai jamais eu l’occasion de voir ces ouvrages séparément, je ne peux pas dire si la version 2 en 1 les reprend dans leur intégralité, ou si c’est une sorte de best of… Quoiqu’il en soit, elle me convient très bien pour l’utilisation que j’en fais en classe.

Les petits riens et petits délicesSur chaque double-page, on trouve un « petit rien qui fait du bien et qui ne coute rien » (pour la première partie de l’ouvrage) ou « un petit délice à partager » (pour la seconde partie) ; et en face l’illustration.
Produire de l’écrit à partir de cet album est très facile : il suffit de produire une phrase qui commence par un verbe à l’infinitif. L’élève est amené à chercher tous les petits plaisirs du quotidien, et à sortir un peu de l’idée de consommation puisque ce sont des petits rien qui ne coutent rien !
Je fais généralement cette production d’écrits au moment de la fête du 100ème jour, quand on écrit 100 petits bonheurs. On les écrit sur des post-it et on les affiche ensuite dans le couloir.

Commencer une collection de n’importe quoi.
Inventer un alphabet secret pour écrire des messages.
Respirer le parfum d’un livre neuf. […]

Rien n'est plus beauRien n’est plus beau…, Armelle Barnier

Rien n'est plus beau

Cet album est un gros coup de coeur. Il mêle à merveille imagination, humour et poésie. La structure est répétitive, chaque page commence par « Rien n’est plus… que… » et 4 propositions sont faites. Chaque page est un poème, avec un jeu de sonorités à observer.

Rien n’est plus lent
Qu’un escargot tout chaud et tout mouillé,
Qu’un nuage dans le ciel au printemps,
Qu’une souris qui fait une course à pied,
Qu’une limace qui prend son temps.
Dans chacun des 4 vers, un mot est mis en avant. Ces 4 mots sont repris en fin de page et combinés dans une phrase, après la formule « En fait… ».
En fait,
Rien n’est plus lent qu’un escargot au printemps qui fait la course avec le temps.

Après avoir lu quelques pages, on peut donc proposer aux élèves d’écrire les suivantes en suivant la même structure, à partir des amorces proposées : Rien n’est plus fin / petit / gros / méchant… 


Dis maman pourquoi les dinosaures ne vont-ils pas à l'école ?Dis Maman, pourquoi les dinosaures ne vont-ils pas à l’école ?, Quentin Gréban

Sur chaque double-page, un enfant pose une question à sa mère. La réponse est toujours amusante voire farfelue.

Dis maman pourquoi les dinosaures ne vont-ils pas à l'école ?Ce qui peut être chouette c’est de faire écrire à chaque élève une question. On travaille ainsi la phrase interrogative. Et lors de la séance suivante, chaque élève rédige la réponse à une question (mais pas la sienne !). A la fin, on peut composer un petit livre et procéder à une lecture à haute voix de l’ensemble.

L’auteur a écrit un autre titre dans la même veine : Dis papa, pourquoi les zèbres ne font-ils pas du patin à roulettes ?


Une histoire sombre très sombreUne histoire sombre, très sombre, Ruth Brown

C’est une histoire à emboitements à structure répétitive. 
Le lecteur a l’impression de faire un zoom à chaque fois qu’il tourne la page. Le lieu se précise peu à peu. L’univers de Ruth Brown (auteur de Crapaud, Dix petites graines…) n’est plus à présenter : illustrations magnifiques, d’un réalisme impressionnant… sombres (très sombres), certes.

Il était une fois un pays sombre, très sombre.
Dans ce pays, il y avait un bois sombre, très sombre.
Dans ce bois, il y avait un château sombre, très sombre. […]

Une histoire sombre, très sombreLe suspense est conservé jusqu’à la fin drôle (très drôle).
La structure est facile à identifier et à reprendre pour créer une autre histoire.
A mettre en lien avec le poème « Dans Paris » de Paul Eluard.


Va-t'en grand monstre vertVa-t’en, Grand Monstre Vert !, Ed Emberley

Un grand classique qui ne prend pas une ride (je dis ça aussi pour moi parce qu’il fait partie des premiers livres que j’ai achetés à mes débuts). Le monstre apparait petit à petit, au fur et à mesure que sa description se précise : les yeux puis le nez, puis la bouche, etc.

Va-t'en, Grand Monstre Vert !, Ed EmberleyL’idée est d’écrire un portrait (de monstre ou autre) à la manière de l’auteur. L’intérêt est l’usage des adjectifs et donc la manipulation des accords dans le groupe nominal. J’ai tenté l’expérience en CP/CE1 il y a quelques années et le résultat sous forme de petit livre était top (voir sur le blog d’aliaslili).


L’imagier des contraires, Judith Pincemin

Contrairement à ce que son nom indique, il ne s’agit pas d’un simple imagier. Au-delà de l’intérêt que je lui trouve de présenter sur chaque double-page une paire d’antonymes, cet album me plait car les mots sont employés en contexte dans des phrases très simples. On pourrait donc se passer des illustrations, le comble pour un imagier ! ^^

En situation d’écriture, l’utilisation de ce livre est toute tracée : choisir un mot, trouver son antonyme et employer les 2 mots dans des phrases courtes.

A commander sur le site des éditions Lire c’est Partir, pour 0,80€ ! 


L'ABC des drôles d'animotsL’ABC des drôles d’animots, Nathalie Desforges

Présenté sous forme d’un abécédaire, cet album fonctionne sur le principe des mots-valises.
ABC des animots« Une tortue + Une toupie = Une torpie / Un nandou + Des nouilles = Un nandouille / etc. »

Ce qui me plait dans cet album c’est qu’il mêle toujours un animal + un objet/une plante (contrairement au syllabozoo que j’utilise aussi mais qui mélange uniquement les animaux entre eux). On trouve des animaux méconnus car forcément il en fallait un par lettre (vous connaissez le xiphophore, vous ?!).
ABC des animots

La production d’écrit consistera donc à créer de nouvelles paires à partir d’autres animaux/objets/plantes. Partir de mots à apprendre pour la dictée ou d’un recueil de mots fait en vocabulaire me parait être une bonne idée car ça amènera l’élève à observer les mots, les décomposer, les manipuler… et donc les mémoriser.

Cet ouvrage semble difficile à trouver… je l’avais acheté sur un site de ventes privées donc il se peut qu’il soit épuisé chez l’éditeur :-/


Les animaux magiquesLes animaux magiques, Florence Vidal

Cet album reprend le principe des mots-valises, mais pour les illustrations seulement, qui sont coupées dans le sens de la largeur. 
Alors qu’y a-t-il d’original pour la production d’écrit ? Sur la partie haute de l’illustration figure le nom de l’animal. Sur la partie basse, une phrase qui correspond à l’animal. Par exemple « Le papillon / voltige de fleur en fleur ».
Les animaux magiquesSi on tourne la page, on se retrouve donc avec un nouvel animal, fruit de la combinaison du haut d’un animal et du bas d’un autre. Ainsi le papillon peut se retrouver avec des pattes de kangourou. La lecture devient alors très amusante puisque : « Le papillon / promène ses enfants dans sa poche. »

Je vois un double intérêt à cet album.
C’est bien sûr un super support de production d’écrit. L’élève choisit un animal et écrit une phrase qu’il coupe en deux. Puis il échange une partie avec un autre élève pour créer une autre combinaison.
On peut aussi proposer aux élèves d’illustrer leurs animaux pour faire vraiment comme dans le livre. Il faudra par contre veiller à faire des repères au milieu de la page de dessin fournie aux élèves pour que tous les animaux de la classe soient calibrés de la même manière et puissent correspondre après découpage.
Les animaux magiquesL’autre intérêt de cet album c’est qu’il peut être un excellent support d’observation de la langue. En effet la partie haute contient toujours le sujet de la phrase (GN désignant l’animal) et la partie basse contient le reste de la phrase, toujours sous la forme V + complément(s).
On pourra aussi faire noter à l’élève que les phrases n’en sont pas vraiment puisqu’il n’y a ni majuscules, ni points. 

Cet ouvrage sortira courant aout, j’ai pu le découvrir en avant-première grâce aux éditions Didier Jeunesse. Il faudra donc être patient(e), ou le précommander sur Amazon. Il s’agit en fait d’une réédition d’un ouvrage de 1967 ! Lui non plus, il n’a pas pris une ride 🙂


Maximots KimikoMaximots, Kimiko

Maximots KimikoC’est une sorte d’imagier. Sur chaque page est dessiné un animal sous lequel est écrit son nom. Et tout autour de l’animal, un nuage de mots pour le décrire et définir les couleurs du dessin. Attention, ça « pète » niveau couleurs ! ^^

J’adore l’idée de partir d’une image et de la décrire seulement avec des mots, lancés sur le papier comme ils viennent en tête. Pas de phrases, juste de mots. L’attention est ainsi focalisée sur le détail, le lexique et l’orthographe.
Maximots KimikoOn peut partir des images du livre et faire écrire les mots aux élèves. Ou bien s’amuser à lire les mots et leur faire deviner l’animal concerné.
Puis on peut élargir avec toutes sortes d’images !


la grande fabrique de motsLa grande fabrique de mots, Agnès de Lestrade

Merci à Martin dont le commentaire m’a rappelé qu’à partir de ce magnifique livre (dont je vous ai déjà parlé ici) on peut travailler la production de mots divers et variés.

la grande fabrique de motsC’est l’histoire d’un pays où il faut acheter les mots pour pouvoir les prononcer. Le petit héros de l’histoire, peu fortuné, ne dispose que de très peu de mots. Il aimerait pourtant déclarer son amour à la jolie Cybelle.
La magie de cet album se situe dans le fait que les mots ont le pouvoir d’avoir le sens qu’on souhaite leur donner si on y met la bonne intention.

Orphys propose ici une idée d’atelier d’écriture à partir de cet album, qui consiste à imaginer le contenu des magasins de mots. L’élève est alors invité à remplir des « boites de mots » : mots doux, mots précieux, mots à murmurer…
Profitez-en pour regarder ses autres idées d’ateliers car même s’ils ont été conçus pour des élèves de CM, plusieurs sont accessibles au CE.


Je n'ai pas fait mes devoirs parce que

Je n’ai pas fait mes devoirs parce que…, Davide Cali

Dans ce livre, un enfant explique à sa maitresse pourquoi il n’a pas fait ses devoirs. Page après page, c’est une succession d’excuses plus loufoques les unes que les autres. Jusqu’à un dénouement très drôle, tel est pris qui croyait prendre !

Je n'ai pas fait mes devoirs parce queMerci de nouveau à Martin qui m’a remis ce livre en tête (pourtant Davide Cali, j’aurais dû y penser en priorité, c’est mon chouchou ^^).
Côté production d’écrits, on peut proposer aux élèves d’inventer de nouvelles excuses à partir de la même question de départ : « Dis-moi, pourquoi n’as-tu pas fait tes devoirs ? » ; ou bien à partir d’une autre question de votre choix.

L’auteur a également écrit Je suis en retard à l’école parce que… Cet autre album est exactement dans le même esprit, je viens de le relire. Cependant, pour l’usage que je souhaite en faire (écriture courte), il me semble un peu moins adapté car les excuses fournies par l’enfant s’enchainent les unes aux autres. Il peut, par contre, être un super support pour une production longue ou à plusieurs mains 😉


Voilà pour aujourd’hui… Cette liste d’ouvrages s’agrandira certainement avec le temps mais pour l’heure, je pense avoir fait le tour de mes trésors, mais qui sait… je suis peut-être passée à côté de certains. Si vous avez d’autres références qui peuvent être de bons inducteurs pour la production d’écrits, n’hésitez pas à me les communiquer !! 

Lutin Bazar
Lutin Bazar

30 Commentaires

  1. Je pense à 20 bonnes raisons d’aller à l’école de Mickaël Escoffier. Très drôle et fait travailler l’imagination, avec une structure répétitive. Plutôt pour des CE1-CE2.

  2. Mais quelle sélection ! J’enregistre et je pense que j’utiliserai quelques unes de tes idées merveilleuses. J’adore « Rien n’est plus beau », notamment ! Merciiiii

  3. L’album : Je n’ai pas fait mes devoirs parce que…est parfait !

  4. Et du même auteur :  » je suis en retard à l’école parce que  » ainsi que « La grande fabrique des mots  » de je ne sais plus qui

    • Ah ben j’ai les 2 !
      Par contre « La grande fabrique de mots » ce ne serait pas par rapport à sa structure mais au thème des mots ?
      C’est une bonne idée. Chez Orphys il y a une proposition sympa à son sujet, je vais l’ajouter 🙂
      Pour info, l’auteur c’est Agnès de Lestrade, j’en ai parlé ici dans un recueil d’albums sur les mots (que je vais bientôt actualiser d’ailleurs puisque je démarre l’année par ça :-))

  5. Ça donne envie de retourner vite à l’école !!! Merci !

  6. sur le site « mon école.fr » dans la partie atelier d’écriture, il y a de nombreuses propositions d’écriture à partir de livres variés et divers. Mais tu connais déjà certainement. Ce que je peux te dire c’est que j en ai utilisé plusieurs et que ça a plutôt bien fonctionné. Souvent, cela permet des exercices rapides et efficaces. Je vais aller découvrir les livres dis maman pourquoi…… et une histoire sombre qui m’inspirent. Merci de tout ton travail.

  7. Il n existe pas en livre mais, étant donné que c est un poème, il appartient pleinement à la littérature : « avec l encre couleur du temps » de Germaine Beaumont.
    Pour explorer les écriture poétique et sensible en 2/3 séances maxi au cours desquelles les élèves rédigent une strophe pour créer un chemin poétique.

    Pour faire de l écriture en 1 séance autour des contraires, « histoire de bonnes sorcières mechantes » du recueil « les sorcières NRV ». C’est top!

    Merci pour cette nouvelle liste de livres declencheurs !

  8. Avec des CP, nous avons utilisé le livre »Tu lis où » de Géraldine Collet et Magali Le Huche –> En plus du travail en amont sur la lecture et l’objet livre, cela a induit un travail de manipulation des prépositions « je lis sous le lit, derrière le rideau, sous le lavabo… ». Plus tard dans l’année ou avec des plus grands on peut également produire des rimes.

  9. Voici une petite liste de livres qui peut compléter la tienne. Je les utilise comme base de mes ateliers d’écriture mais par contre, je n’ai pas vérifié, ils existent peut-être déjà sur le site « monecole ».
    – Une journée parfaite de Danny Parker et Freya Blackwood
    – Un ami de Lauranne Quentric
    – C’est quoi un enfant ? de Béatrice Alemagna
    – Moi, je boude de Titus Girel
    – La déclaration des droits des Filles de Elisabeth Brami et Estelle Billon-Spagnol
    – La déclaration des droits des Garçons
    En tous les cas un très grand merci pour toutes tes idées et tout le travail que tu partages !

  10. Deckx Isabelle Reply to Deckx

    J’utilise aussi le livre « J’ai rêvé que… » Cela leur demande de l’imagination car leur idée doit être un peu farfelue…

  11. Super ! Merci pour cette liste et toutes les exploitations qui vont avec !
    C’est une très bonne idée je trouve, de partir d’un livre; ça change de la « simple » consigne et ça dynamise la production d’écrits !
    Bonne semaine
    Delphine

  12. Merci merci encore pour toutes ces références ! 🙂 Je cherche désespérément « L’ABC des drôles d’animots » de Nathalie Desforges mais il n’est malheureuesment plus édité… Tout comme « Les animaux magiques » de Florence Vidal… Dommage…

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